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Nouvelles rochelliennes
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Journal d'un homme trompé
1934
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Journal d'homme trompé
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| 11 juillet. |
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Je vais sans but.
Personne ne sait où je suis. Je suis seul. Je suis une pierre qui roule et qui se dépouille de sa mousse. |
| 16 juillet. |
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Ce peuple est tout entier complice de
ma rêverie. Muet, il respecte la paix de mes entrailles.
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| 17 juillet. |
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Je suis bien tranquille au milieu de
ces femmes. Je n'aime pas les brunes.
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| 18 juillet. |
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On dit qu'en Russie, ils ne savent
plus ce que c'est que la jalousie. Je suis russe.
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Je n'ai aucun besoin de faire l'amour.
Il est vrai que j'ai quarante ans. La saison de l'amour pour moi, c'est
l'hiver : l'été je me repose. Autrefois, je supportais une
chasteté de huit jours ; maintenant je dois me reposer un mois
par an.
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| 11 août. |
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J'aime les bordels espagnols ; j'y
trouve l'honnêté des bordels français de mon enfance.
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| 15 août. |
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(...) Dans le débauché
que j'étais, il y avait un peintre : reste le peintre.
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| 10 septembre (Grenade). |
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Ô belle vies romantiques (je
parle des romantiques qui avaient du tempérament) remplies par
quelques risques poussés à fond.
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(...) L'amour ne m'apparaît que
sous la forme d'une aventure entièrement ravissante.
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La voix
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Gille était à
Rome, au mois de janvier, raconta François. Le soleil d'hiver sonnait
une note cristalline dans le ciel : tout ce qui était vieux en
paraissait jeune pour tromper cet homme venu du Nord. (...)
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(...) Il a horreur des musées
où les belles uvres lui apparaissent comme des jeunes filles
mortes, dérobées à l'amour ; (...)
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Rien n'y fait
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Pour tenir mon rôle, je ne voulais
plus sortir et je passais la soirée au coin du feu à lire.
Au moment de me coucher, j'étirais mes bras, regardais Rosita et
lui disais : « Tu t'ennuies, Rosita, tu n'as pas dansé ce
soir. »
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Elle était allongée sur
des coussins, tout près de la flamme, à moitié nue,
fumant et froissant les pages du seul livre qu'elle comprît, Les
Fleurs du mal. « Je suis contente que je puisse te plaire sans
lumières et sans musique. » Elle se levait, me regardait
de ses yeux paisibles où je cherchais vainement l'ironie et, me
prenant par la taille, m'emmenait doucement vers son lit.
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La femme au chien
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J'ai horreur de la Côte d'Azur.
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D'ailleurs, j'ai horreur de toutes
les côtes. Imaginez qu'autrefois l'Europe était une presqu'Île
frangée de sauvagerie. (...)
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(...) Les plages sont remblayées de casinos
; dans la mer crèvent les égoûts.
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Je me rappelais mon enfance quand,
sur cette Croisette, je jouais avec des petits Russes, dont les parents,
appelant sur eux en hâte les fouets de la Révolution, jetaient
leurs terres et leurs paysans à la roulette.
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(...) Robinson lui-même, heureux
Robinson, il savait que le monde entier l'écoutait, il se rassurait
avec le bourdennement de millions de lecteurs.
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Tandis qu'un chien ! Pour cette femme,
c'était le compromis le plus sordide, l'échappatoire la
plus médiocre entre les dieux et les hommes. Un chien, qui n'a
plus du dieu que le silence, et qui est maintenant borné comme
un homme.
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Défense de sortir
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La première fusée quitta
la terre le 25 avril 1963. Ce bolide de métal, propulsé
par l'énergie atomique, contenait huit personnes. Son but n'était
pas la lune, négligeable îlot désertique, mais les
autres planètes de notre système solaire ; elle filait droit
sur Vénus, à quarante millions de kilomètres.
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L'attente devait être longue
: la fusée ne pouvait revenir avant 40 jours, et seulement dans
le cas qui n'était pas souhaitable où elle ne séjournerait
nulle part, où son équipage ne trouverait les autres planètes
ni habitables, ni habitées.
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Les quarante jours passèrent.
Le Trust Mondial de la Radio lançait trois fois par jour les comptes
rendus de tous les observatoires : il n'y avait rien à signaler.
Le retard commença. (...)
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Les semaines passèrent puis
les mois : on douta, puis l'on désespéra. La plupart tinrent
les disparus pour morts.
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(...) Une seconde équipe s'arracha
donc bientôt à la terre.
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Les nouveaux partants ne revinrent
pas non plus. Il y eut encore un troisième et un quatrième
essor.
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(...) Alors une association secrète
se forma à Chicago, entre des rêveurs perdus d'idées
excentriques et de drogues et des bandits habitués à braver
la société et à lui arracher toutes choses qu'ils
désiraient. Des attaques à main armée dans certaines
usines et laboratoires permirent la capture des ouvriers et des ingénieurs
nécessaires. Ils furent obligés d'installer un chantier
dans une région écartée et d'y fabriquer une fusée.
(...)
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La fusée partit. Les membres
de la société Ailleurs qui demeuraient à terre,
répandirent un manifeste, par le moyen d'émissions illégales
en dehors du Trust Mondial de Radio.
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« Ceux qui vous avez envoyés
hors de la terre ne sont pas revenus. Savez-vous pourquoi ? La question
n'est pas tranchée. Nous la tranchons pour notre compte. On vit
ou l'on meurt mieux Ailleurs. »
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L'humanité, à la suite
des guerres et des révolutions des années 40, avait réglé
les questions politiques et économiques en instituant de grandes
fédérations continentales, mi-soviétiques mi-fascistes.
L'ordre mis dans la production et l'abondance des machines avaient réduit
le travail à quelques heures par semaine auquel n'étaient
soumises que les personnes de vingt-cinq à quarante-cinq ans. (...)
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L'élite de cette population
aisée avait vu les arts, les littératures, les philosophies
remplacés par l'histoire : puis elle avait laissé de côté
l'histoire même comme un amusement fastidieux. Elle se contentait
d'une science instantanée, concentrée en formules brèves
et mouvantes. (...)
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Mais un événement se
produisit. Une espèce d'aérolithe tomba dans le désert
de Gobi. (...)
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(...) Là, dans un temple fait
de monolithes de ciment fut instauré le culte d' Ici-bas.
(...)
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Sur tous les champs d'aviation furent
apposées de vastes affiches qui se reflétaient la nuit sur
les cieux des villes : DÉFENSE DE SORTIR
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La comédie de Charleroi
1934
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La comédie de Charleroi
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Il y avait entre lui et moi la
distance d'un mort à un vivant ou d'un vivant à un mort.
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Un réflexe, c'est un des
grands principes de la vie qui s'impose.
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La guerre aujourd'hui, c'est
d'être couché, vautré, aplati. Autrefois, la guerre,
c'étaient des hommes debout.
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L'homme moderne, l'homme des
cités est rongé de rêves du passé.
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Or, la guerre, c'est une explosion
de la nature : ces balles, c'est du minerai, sorti des entrailles de la
terre, qui vous jaillit à la figure.
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L'idée du suicide chez
celui qui ne se suicide pas est un baume amer; après cette détente,
il repart de plus belle.
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Nous n'avions pas de but; nous
n'avions que notre jeunesse.
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La guerre moderne est une révolte
maléfique de la matière asservie par l'homme.
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Le snobisme, c'est la seule démarche
possible pour des gens qui ne vivent plus guère qu'en imagination.
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L'idée d'immortalité
est née dans l'esprit de ceux qui se souviennent, qui ne peuvent
oublier.
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Je jetai mon sac. Dans mon sac,
il y avait le seul livre que j'eusse emporté, Zarathoustra.
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Le déserteur
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Oh ! j'aurais pu faire fortune.
Mais ça ne m'intéresse pas. Ce que j'aime, c'est vivre.
(...) Vivre ? Respirer, marcher, étendre les bras, manger, boire,
fumer, faire l'amour. (...) Tout est là-dedans, si on le fait bien.
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C'est évidemment être
américain que d'être renégat de l'Europe, ricana-t-il.
(...) Oui, comme tous les Américains, vous n'êtes qu'un Européen
dépaysé.
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Je veux bien mourir, mais non pas
en m'ennuyant.
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La guerre n'est possible que
pour les jeunes gens. C'est chez eux l'explosion suprême de l'enfance.
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Je suis moi et qui m'aime me serre
la main.
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La politique, c'est le jeu le
plus grossier parmi les jeux qu'offre cette planète. Tout ce qui
est de l'État, c'est besogne de valets.
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Histoires déplaisantes
1963
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Journal d'un délicat
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Le polythéisme apparent
des Indiens et des Grecs masquait l'idée pure du divin qu'ils cultivaient
dans le secret.
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En vrai débauché,
j'ai toujours gardé une sorte de chasteté.
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Je recherche sans cesse la solitude
pour me livrer à la peur.
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Pour moi, un tableau c'est l'articulation
d'une prière, un moyen magique pour atteindre l'au-delà,
au sein du là.
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Il faut une grande force de vie
pour critiquer la vie et du même mouvement athlétique l'homme
accepte et refuse la vie.
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Le symbole humain par excellence
m'a toujours paru celui de Robinson Crusoé. Un homme seul, perdu
au large de tout et qui construit sa maison. C'est qu'il croit que quelqu'un
le regarde et que cela se saura.
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Toute ma vie, j'ai été
obsédé par ce thème des îles. Quand je suis
dans une île, il me semble que je suis à ma vraie place :
de la terre et loin de la terre, de l'humain et loin de l'humain.
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L'intermède romain
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Il y a des femmes paraît-il
qui rendent un homme obscène, ce sont les intellectuelles.
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Dieu que j'ai aimé les
seins des femmes dans ma vie, quel culte épuisant et inassouvi
je leur ai voué.
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Au souvenir de la volupté
se mêlait une satisfaction sociale : j'avais eu enfin une belle
dame.
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J'avais pris l'habitude, qu'ont
beaucoup de célibataires, de faire l'amour dans la journée
et de réserver la nuit à la lecture et au sommeil.
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