Déclamations rochelliennes
 
 
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« Je n'écris pas pour n'importe qui,
j'écris ça pour quelques-uns. »
Révolution Nationale • 1944

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L'eau fraîche • 1931
 
 
Jérôme
Je ne vous propose pas la pauvreté, je vous propose la liberté. Je vous arrache à votre famille, à tous les imbéciles. Et je vous emmène chez moi. Il n'y a pas de pauvreté pour les gens dont le travail veut dire quelque chose.
 
Catherine
Et puis vous ne savez pas ce que c'est que la pauvreté. Je la connais, je la hais. Elle rôde autour de moi depuis plusieurs années et elle cherche à m'étrangler. (...)
 
Catherine
Pour moi, la vie ne peut pas être tout en dedans. Pour moi, la vie c'est au dehors, dans les choses qu'on voit et qu'on touche.
 
. . .
 
Jérôme
J'ai vu ça autour de moi, des camarades qui ont commencé la vie avec un grand élan. Et puis, ils ont fait une toute petite concession ; ils sont devenus cossus, plats. Ils perdent l'esprit de découverte. La découverte, c'est le rêve, on ne fait pas la part du rêve.
 
. . .
 
Jérôme
Quand je veux une femme, je veux qu'elle vienne à moi, ou je m'en vais.
 
. . .
 
Florence
Votre amour pour une femme ne peut pas être plus fort que votre amour pour votre travail. Ça aussi, c'est de l'amour.
 
Florence
Il me semble qu'il ne peut y avoir d'amour entre un homme et une femme que s'ils aiment en commun la même chose.
 
. . .
 
Jérôme
Je me fous des résultats. Je laisse le soin aux autres d'en tirer de l'argent. Ce qui m'intéresse, c'est la recherche, ça c'est quelque chose.
 
 
Charlotte Corday • 1944
 
 
Charlotte.
Aujourd'hui comme hier, il nous faut servir.
 
Charlotte.
N'importe. Il se fait quelque chose de grand en France et nous devons être les premiers à y mettre la main.
 
Charlotte.
Oui, il y a des méchants. Mais il faut être plus fort que les méchants. Nous avons laissé trop faire.
 
Charlotte.
Non. Il faut rester là et crier la vérité, jusqu'à ce qu'on nous assomme. Il ne faut jamais s'en aller.
 
Charlotte.
Non. Un roi faible n'est pas un roi. La nation n'a plus de roi.
 
M. de Cauvigny.
Tu apprendras qu'on est dur ou qu'on est lâche.
 
Charlotte.
Qui ne risque rien n' a rien. Je ne pense qu'à la nation.
Je suis jeune, j'ai l'âge de la nation.
 
Simone.
Vous ne pensez qu'à la nation !
 
Marat.
Nous sommes en danger et la Patrie, c'est nous.
 
Danton.
Tu ne connais pas l'amitié. C'est un sentiment qui se rit des opinions.
 
Marat.
Mes opinions sont mes seules amitiés.
 
Charlotte.
Il y a des livres écrits par des forts et qui sont lus par des forts. Ces lecteurs-là ne trahissent pas ces auteurs-là.
 
Alexis.
Ignoble foule !
 
Charlotte, seule.
Penser, penser si fort que ma pensée atteigne au cœur des hommes et des événements. Il me semble que si je pense fort ce sera comme si j'agissais.
Ce n'est pas possible qu'en France il n'y ait pas un homme fort pour arrêter le mal.
Un geste issu du génie surprend les hommes.
Ils ne peuvent y résister.
Le vent tourne sur la mer, ô fille de Vikings.
Dieu dans le ciel attend, mais il ne peut remuer si au moins une de ses créatures libres ne lui fait signe.
 
Bougon-Langrais.
Je ne peux vivre sans vous et je ne peux agir sans vous. Aimez-moi et je ferai de grandes choses.
 
Charlotte.
Il faut tenir ferme contre les méchants.
 
Barbaroux.
Nous ne voulions du sang que le nécessaire, non le superflu.
 
Charlotte.
On ne peut lutter sans verser le sang.
Il faut donc se faire monstres pour lutter contre les monstres ?
 
Bougon-Langrais.
Vous voyez, Charlotte, la vie est perfide. C'est d'apercevoir cette perfidie qui m'a surpris et paralysé.
 
Charlotte, seule.
Une femme, plus qu'un homme, porte l'essentiel de la Patrie dans son cœur, son unité, sa sureté, son éternité.
 
Marat.
Je suis l'ami du peuple, c'est entendu, mais il faut que le peuple me foute la paix.
 
Saint-Just.
Qu'est-ce qui nous fera trop de plaisir ? Une seule chose nous intéresse et elle ne nous fera jamais trop de plaisir : l'union des patriotes.
 
Marat.
Le peuple doit savoir qu'il a un chef.
 
Marat.
Tu m'insultes. Perfide.
 
Saint-Just.
Vous êtes Française, je suis Français. Les Français d'aujourd'hui égalent les Romains.
 
Saint-Just.
Mais vous n'êtes pas une femme comme les autres... Vous êtes une princesse. Les princesses n'ont pas peur du sang. Elles connaissent les intérêts supérieurs.
 
Saint-Just.
Oui, nous sommes ambitieux, une génération d'ambitieux et de héros. Nous avons voulu, pour notre génération, les plus grandes heures de l'Histoire de France.
 
Saint-Just.
La France mourra avec nous ou nous serons les maîtres de l'Europe.
 
Saint-Just.
Les Romains ont jeté un défi à tous les peuples de la terre dans les siècles des siècles. Maintenant, on dira : les Romains et les Français.
Les Romains ont fait du monde unifié par leurs mains de fer une statue aussi belle que la plus belle statue grecque.
 
Charlotte.
Guerre, guerre, guerre.
 
Saint-Just.
De la race des révolutionnaires, de la race des révolutionnaires qui ont besoin de toute l'Europe et de toute la terre pour faire entendre leurs cris.
 
Saint-Just.
Nous reprendrons bientôt notre dialogue aux enfers.
 
Charlotte.
La mort ne peut être que le Ciel.
 
 
Le Chef • 1944
 
 
Alexandre.
Nous nous battons pour pouvoir vous mépriser.
 
Michel.
Un jour, nous nous vengerons.
 
Michel.
Qu'est-ce que tu aimes dans la vie ? L'amour seulement ?
 
Cora.
L'amour, ça se mêle à tout.
 
Jean.
...Nous sommes de ce peuple, et pourtant nous ne sommes pas comme les autres. Ah, non !
Homme mûr, as-tu oublié l'heure de ta jeunesse ?
Nous saurons qui nous sommes, quand nous verrons ce que nous avons fait.
 
Jean.
Nous brouillerons toutes les cartes parce qu'elles sont toutes truquées.
 
Jean.
Nous allons faire une révolution. Qu'est-ce que ça veut dire ? Savez-vous ce que cela veut dire ? Cela veut dire : Nous allons faire la guerre.
 
Jean.
La révolution, c'est la guerre. Tel est le dilemne : ne pas bouger et mourir ou se lever et tuer.
...Nous tuerons, nous tuerons pour nous défendre. Nous ne voulons pas mourir.
On nous a eus avec de l'argent.
C'est une blague, l'argent. Tout le monde comprend ça aujourd'hui, bourgeois, ouvriers, paysans. Crise et misère, misère et crise.
Nous voulons une société où il y a des chefs. Voilà pourquoi nous marcherons, voilà pourquoi nous tuerons.
 
Michel.
Ma peur, mon courage. Je me rappelle ces deux choses, je ne peux les séparer.
 
Jean.
Nous sommes les hommes d'aujourd'hui.
Nous sommes seuls.
Nous n'avons plus de dieux.
Nous n'avons plus d' idées.
Nous ne croyons ni à Jésus-Christ ni à Karl Marx.
 
Jean, entouré de tous, vers Michel, allegro.
Il faut qu'immédiatement,
Sur-le-champ,
Dans cette seconde même
Nous construisions la tour de notre désespoir et de notre orgueil.
Il faut que, dans la sueur et le sang de toutes les classes,
Nous construisions une patrie comme on n'en a jamais vu,
Si serrée, un bloc d'acier, un aimant.
Toute la limaille de l'Europe s'y agrégera de gré ou de force.
Et alors, devant ce bloc
De notre Europe
L'Asie, l'Amérique, l'Afrique, tomberont en poussière.
 
Michel.
Nous sommes des hommes, nous sommes des chefs.
 
Léon.
Tu as besoin d'un chef. Sais-tu ce que c'est qu'un chef ? Un ami qui te botte le cul.
 
Jean.
C'est de ses amis qu'il faut se méfier le plus, c'est bien connu.
 
Michel.
Je te donne ma confiance d'homme, d'ami, de camarade.
 
Cora.
Il faut qu'il vive son rêve... jusqu'à la mort, au besoin.
 
Michel.
Quand il y a un dictateur, c'est qu'il n' y a plus d'élite, c' est que l'élite ne fait plus son devoir.
 
Michel.
Je jette mon sang comme une semence pour que renaissent des hommes libres.
 
Georges.
Il y a des saisons. Saison de la liberté, saison de l'autorité.
 
Jean.
Mais j'ai raison aujourd'hui.
 
 
Les maximes de Drieu La Rochelle