Poésies rochelliennes
 
 
 
***
« Je n'écris pas pour n'importe qui,
j'écris ça pour quelques-uns. »
Révolution Nationale • 1944

***
 
 
Interrogation • 1917
 
Et le rêve et l'action. Je me payerai avec la monnaie royale frappée à croix et à pile du signe souverain. La totale puissance de l'homme il me la faut. Point seulement l'évocation par l'esprit mais l'accomplissement du triomphe par l'œil et l'oreille et la main. Je ne puis me situer parmi les faibles. Je dois mesurer ma force. Si je renonce mon cerveau meurt. Je tuerai ou je serai tué. La force est devant moi, pierre de fondation. Il faut que je sente sa résistance, il faut qu'elle heurte mes os. - Que je sois brisé. Je veux la comprendre avec mon corps. Nécessité alimentaire : là-bas je vai chercher ma vie, la vie de ma pensée.
 
O mort, ton appel trouble comme celui de la volupté.
 
ô mort : bouche sombre d'où s'épanouit le cri lumineux de la trompette.
 
Dès lors, j'ai été celui qui sait.
J'ai marché ignoré parmi les hommes.
J'ai mesuré la faiblesse de tout amour
car nul ne m'a deviné
et ils s'étonneront quand tout sera consommé.
 
Pas de résignation, mais une acceptation qui s'avance fièrement.
 
Nous acceptions la vie de toute notre chair et de toute notre pensée.
Quelle profonde communion de toutes les parties
de notre être dans cette obéissance à la vie
et à la mort, dernier commandement de la vie.
 
Nous jeunes hommes d'aujourd'hui, nous sommes nouveaux et notre grandeur n'a pas été connue de ceux qui ont vécu autrefois.
 
Je suis tourné vers ceux qui portent le don de l'inquiètude et je crie vers eux.
 
Mais je n'ai point confiance dans l'homme, il ne vaut rien sans sa souffrance.
 
À nous autres, jeunes hommes éduqués par le verbe orgueilleux de Nietzsche et de Barrès, Paul Adam, Maurras, d'Annunzio, Kipling, excitateurs du monde occidental, la guerre offrit une fraîche tentation.
 
Par la guerre je connus un grand amour.
 
 
Fond de cantine • 1920
 
Au commencement était l'Action.
 
Ce sont les derniers jours où la terre est grande.
 
 
Plaintes contre inconnue • 1951
 
La mort s'appelle amour, déesse au nom fatal
Déesse qui déchire et enfouit les corps fous.
 
J'aime toute ta vie et je veux bien subir
La loi de la beauté qui commande le partage.
 
Passions je vous appelle accourez pour qu'encore
Mon sort inassouvi reparte à l'aventure.
 
Nous avons préféré à l'amour la puissance
J'ai chanté la puissance et toi tu l'as saisie.
 
C'est le baptême de la peur
Le corps renaît après qu'il meurt
L'âme s'encourt et puis revient.
 
Rigueurs printanières
Et sèves guerrières
Scande le talon
Tonne le canon
 
Soufflant sur les feuilles mortes
Le dieu pousse les cohortes
Agitant les noirs drapeaux
Des terribles renouveaux.
 
 
Les maximes de Drieu La Rochelle